La déontologie journalistique repose sur des principes qui protègent à la fois le public, les personnes citées et la crédibilité de l’information. En France, plusieurs chartes précisent les devoirs professionnels et les conditions nécessaires à l’indépendance des rédactions.
Le CDJM s’appuie sur trois textes de référence : la charte du SNJ, la Déclaration de Munich et la charte mondiale de la FIJ. Leurs règles éclairent des décisions concrètes, de la vérification d’une image à la rectification d’une erreur, comme le montrent les principes essentiels à retenir.
A retenir :
- Vérification rigoureuse des faits, des documents et de leurs origines
- Indépendance éditoriale protégée des pressions économiques et politiques
- Respect de la vie privée, de la dignité et de la présomption d’innocence
- Protection des sources confidentielles et rectification visible des erreurs
Charte déontologique des journalistes : trois textes de référence
Ces repères communs prennent forme dans des textes élaborés à différentes périodes, qui répondent aux évolutions de la profession. Selon le CDJM, trois chartes servent de références pour examiner les questions déontologiques.
Du texte du SNJ à la Déclaration de Munich
La charte du Syndicat national des journalistes remonte à 1918, puis a été remaniée en 1938 et en 2011. Elle concerne tous les journalistes, quels que soient leur fonction, leur place dans la chaîne éditoriale et leur support de publication.
La Déclaration de Munich, adoptée en 1971, associe dix devoirs à cinq droits professionnels. Elle affirme notamment la liberté d’enquêter sur les faits d’intérêt public, tout en exigeant des informations vérifiables et l’absence de méthodes déloyales.
« Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même. »
« Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité. »
Déclaration de Munich
La charte mondiale de la FIJ adoptée en 2019
Adoptée à Tunis en 2019, la charte de la Fédération internationale des journalistes inscrit les obligations professionnelles dans une perspective internationale. Elle précise les règles applicables à la collecte, à la mise en forme et à la diffusion de l’information, sur tous les supports.
Selon la FIJ, le droit du public à connaître les faits constitue le devoir primordial du journaliste. Cette exigence suppose aussi de distinguer nettement information, commentaire et critique, notamment lorsqu’un article s’appuie sur des publications en ligne.
« Le journalisme est une profession, dont l’exercice demande du temps et des moyens. »
« Le journalisme est une profession, dont l’exercice demande du temps et des moyens et suppose une sécurité morale et matérielle, indispensables à son indépendance. »
Charte mondiale de la FIJ
Ces textes ne se limitent donc pas à des règles individuelles : ils rappellent aussi les conditions concrètes qui rendent possible un travail indépendant et rigoureux.
Repères historiques des chartes :
- SNJ : charte initiale de 1918, remaniements en 1938 et 2011
- Munich : déclaration européenne des droits et devoirs, adoptée en 1971
- FIJ : charte mondiale d’éthique, adoptée à Tunis en 2019
Texte
Repère
Apport central
Charte du SNJ
1918, remaniée en 1938 et 2011
Principes professionnels adaptés aux supports de presse
Déclaration de Munich
1971
Dix devoirs et cinq droits des journalistes
Charte de la FIJ
2019
Règles éthiques à portée internationale
Références du CDJM
Trois textes
Fondements pour examiner les questions déontologiques
Les principes déontologiques au cœur du travail journalistique
Une fois ces repères posés, leur portée apparaît dans les gestes quotidiens de l’enquête et de la publication. Selon le SNJ, l’urgence ou l’exclusivité ne doivent jamais prendre le pas sur le sérieux des recherches.
Vérification, exactitude et rectification des informations
La vérification commence par l’origine des informations : qui les transmet, sur quels éléments elles reposent et peuvent-elles être recoupées ? Face à une vidéo virale, par exemple, le journaliste doit contrôler son contexte avant de la présenter comme une preuve.
La transparence implique de signaler les réserves nécessaires lorsque l’origine reste incertaine. Si une erreur est publiée, les chartes préconisent une rectification rapide, explicite et suffisamment visible pour atteindre le public concerné.
« Le/la journaliste s’efforcera par tous les moyens de rectifier de manière rapide, explicite, complète et visible toute erreur. »
« Le/la journaliste s’efforcera par tous les moyens de rectifier de manière rapide, explicite, complète et visible toute erreur ou information publiée qui s’avère inexacte. »
Charte mondiale de la FIJ
Impartialité, respect des personnes et protection des sources
La rigueur s’étend au traitement des personnes : dignité, présomption d’innocence et respect de la vie privée doivent guider le choix des mots et des images. Accuser quelqu’un sans preuve, ou publier des détails intimes sans justification d’intérêt général, peut causer un tort durable.
Le secret professionnel protège les sources qui ont transmis des informations confidentiellement. Il ne dispense pas le journaliste de vérifier leurs déclarations, mais empêche de révéler leur identité sans raison légitime prévue par les règles applicables.
Principes appliqués à une enquête :
- Recoupement des témoignages et contrôle des documents disponibles
- Présentation des réserves lorsque les faits restent incomplets
- Protection de l’identité des sources confidentielles
- Possibilité de réponse pour les personnes mises en cause
Ces exigences orientent le traitement des faits, mais elles dépendent aussi des conditions dans lesquelles les journalistes peuvent exercer leur métier.
Indépendance des journalistes et responsabilité des rédactions
La qualité de l’information dépend aussi de l’environnement professionnel qui la rend possible. Selon la Déclaration de Munich, le journaliste doit pouvoir refuser une subordination contraire à sa conscience ou à la ligne éditoriale définie.
Garantir l’indépendance face aux pressions
Les chartes distinguent le journalisme de la communication, de la publicité et de la propagande. Un journaliste ne doit pas recevoir d’avantage en échange d’une publication, ni laisser un annonceur dicter le contenu d’un reportage.
La sécurité matérielle et morale compte également : les textes du SNJ et de Munich reconnaissent l’importance de conditions de travail compatibles avec l’indépendance. Ils étendent cette préoccupation aux journalistes rémunérés à la pige, et pas seulement aux salariés mensualisés.
« La responsabilité du journaliste ne peut être confondue avec celle de l’éditeur. »
« La responsabilité du journaliste ne peut être confondue avec celle de l’éditeur, ni dispenser ce dernier de ses propres obligations. »
Charte du SNJ
Une responsabilité partagée dans la chaîne éditoriale
Le journaliste répond de ses productions, y compris lorsqu’elles sont anonymes, et doit citer les confrères dont il reprend le travail. L’éditeur conserve cependant ses propres obligations : la déontologie ne peut reposer sur la seule vigilance individuelle.
Dans une rédaction, cela suppose des moyens pour vérifier les faits, corriger les erreurs et protéger les sources. La responsabilité professionnelle s’exerce ainsi au quotidien, depuis le choix d’un sujet jusqu’à la manière de répondre aux personnes concernées.
Garanties essentielles au travail indépendant :
- Protection contre les pressions éditoriales et les avantages intéressés
- Conditions matérielles compatibles avec une enquête sérieuse
- Liberté de conscience dans l’accomplissement des actes professionnels
- Obligations distinctes du journaliste et de l’éditeur
Situation
Risque déontologique
Réponse attendue
Publication sous urgence
Diffusion d’éléments non vérifiés
Privilégier les recoupements au scoop
Source confidentielle
Révélation de son identité
Préserver le secret professionnel
Erreur publiée
Information trompeuse maintenue
Rectifier rapidement et clairement
Pression d’un annonceur
Confusion entre information et publicité
Protéger l’indépendance éditoriale
Au quotidien, ces principes forment un cadre commun : servir le droit du public à une information fiable, tout en protégeant les personnes et l’indépendance du métier.
Source : Conseil de déontologie journalistique et de médiation, « Les chartes » ; Syndicat national des journalistes, « Charte d’éthique professionnelle des journalistes » ; Fédération internationale des journalistes, « Charte d’éthique mondiale des journalistes », 2019.
Rester informé comme un choix réfléchi, pas comme un réflexe
Qu'il s'agisse de croiser une source, de vérifier une image ou de prendre du recul émotionnel, chaque geste de vérification mérite d'être cultivé. Comprendre les mécanismes réels de la désinformation permet d'en tirer aussi un bénéfice concret : une lecture plus sereine de l'actualité et une meilleure résistance aux manipulations.
Pour aller plus loin
- Vérifier l'adéquation entre l'émotion suscitée et la rigueur des faits avancés
- Comparer la source avec d'autres médias reconnus avant de la croire
- Anticiper le biais de confirmation qui pousse à ne croire que ce qui nous arrange
- Privilégier les organismes de fact-checking dès le moindre doute